musée des beaux arts

Fabrice Lauterjung (lyon)
Noga Inbar
(milano)
Leo Vukelic
(zagreb)


Au coeur de la ville, les collections du musée des Beaux-Arts de Lyon comptent parmi les plus importantes d’Europe. L’abbaye royale construite par les bénédictines au XVIIe siecle abrite 70 salles rénovées autour du jardin du cloître, réparties sur 7000 m2 qui forment cinq grands départements. Le département des Antiquités, illustrant plus de trois millénaires d’histoire des grandes civilisations antiques du Bassin méditerranéen. Le département des Objets d’art et le Médaillier mêlent les arts précieux et la sculpture du Moyen-Age à la période Art Déco. Le département des Peintures et celui des Arts graphiques et des Sculptures offrent, un vaste panorama de l’art européen depuis le XIVe siecle jusqu’aux années 1970.

In the very heart of the town, the collections of Lyon’s Beaux-Arts museum are amongst the most valuable ones in Europe. The royal abbey, built by the Benedictine Order in the 17th century, shelters 70 refurbished halls around the cloister garden, distributed on 7000 sq. m, to form five large departments. The Antiquity department illustrates more than three millenniums of history of the great ancient civilizations in the Mediterranean Basin. The Art Objects Department and the Médaillier (Collection of Medals) put together the precious arts and sculpture of the Middle Ages to the Art Déco period. The Painting, Graphic Arts and Sculpture departments offer a broad overview of European Art ranging from the 14th century up to the 1970’s.

MUSÉE DES BEAUX ARTS
20, place des Terreaux
Palais Saint-Pierre
69001 Lyon
France
tel. +33 4 72101740

www.lyon.fr


Eugène Delacroix (1798 – 1863)
Dernières paroles de l’empereur Marc Aurèle,

1844, huile sur toile / oil on canvas
260 x 348 cm

Ce tableau est exposé au Salon de 1845 accompagné par le texte suivant: “Les inclinations perverses
de Commode s’étaient déjà manifestées, d’une voix mourante, l’empereur recommande la jeunesse de son fils à quelques amis, philosophes et stoïciens comme lui; mais leur morne attitude n’annonce que trop la vanité des ces recommandations et leurs funestes pressentiments sur l’avenir de l’empire romain”. La figure de l’empereur philosophe fut particulièrement chère à Delacroix, qui avait pensé à ce sujet pour la bibliothèque du Palais Bourbon. S’inspirant de l’antique, “la source de tout”, il rejoint ici la grande tradition de la peinture d’histoire française issue de Poussin.

The painting Last words of Emperor Marcus Aurelius was exposed in the 1845 Salon, accompanied
by the following text: “Commodo’s perverted inclinations have already manifested; in a dying voice, the emperor recommends his son’s youth to some of his friends, philosophers and Stoic like him. Nevertheless, their gloomy attitude announces too clearly the uselessness of these recommendations and the grievous presentiments on the fate of the Roman Empire”. The figure of the philosopher-emperor was particularly dear to Delacroix, who had thought about this subject for Palais Bourbon library. Taking inspiration from the ancient times, from “the source of everything”, he joins here the great tradition of French historical painting descended from Poussin.

Fabrice Lauterjung
Né en / Born in 1978
Il vit et travaille a / He lives and works in Lyon
fabtchang@hotmail.com

Salle n°18 (Musée des Beaux-Arts de Lyon) /
Room n°18 (Museum of Fine Art, Lyon)
, 2004
video film / video projection with sound

Fabrice Lauterjung travaille le film, la vidéo, le texte. Il a choisi de produire une pièce au Musée
des Beaux Arts de Lyon
et plus particulièrement en raison de la présence de dux œuvres de la collection: “Dernières paroles de l’empereur Marc Aurèle” d’Eugène Delacroix et “Episode de la retraite de Russie” de Nicolas Toussaint Charlet. Elles sont disposées face à face.
Le tableau de Delacroix sera décrit par un guide à un visiteur non-voyant, la scène sera filmée par
l’artiste. L’œuvre devient donc pièce audible, parole, elle renvoie au sujet même du tableau. Ici il
s’agit d’un champ contre-champ mais aussi d’un hors-champ; d’une interprétation, un regard qui
prend corps dans la voix, d’une histoire qui laisse transparaître la chute des deux empires.

Fabrice Lauterjung works with film, videotapes, and texts. He has chosen to create a play at the Musée des Beaux arts de Lyon and – more particularly – because of the presence of two works of the collection: “Dernieres paroles de l’empereur Marc Aurele” (Last words of Emperor Marcus
Aurelius) by Eugene Delacroix and “Episode de la retraite de Russie” (Episode of the Russian
Retreat) by Nicolas Toussaint Charlet. The two paintings face each other.
A guide shall describe Delacroix’ painting to a blind, and the artist shall film the scene. Hence, the
work becomes an audible play, it becomes word. The play refers to the actual subject of the painting: a reverse shot field, but also an off-screen; an interpretation, a look that takes shape in the voice, a story which lets the fall of two empires shine through.

Estelle Nabeyrat




Bernardo Cavallino (1616 – 1655)
La Joueuse de clavicorde,
vers / approx. 1650
huile sur toile / oil on canvas, 79 x 64 cm

Les œuvres de Bernardo Cavallino, artiste sensible, sont rares dans les collections publiques françaises. Son art, relativement isolé, se rapproche par ses sujets de la sensibilité des poètes et des prosateurs. Ceci lui amena une importante clientèle de collectionneurs privés pour lesquels il exécuta des œuvres précieuses, aux formats réduits, qui préfigurent souvent la grâce et le charme de la peinture du XVIII siècle.
Cette oeuvre subtile et raffinée, nous montre une jeune femme posant délicatement ses doigts longs et fins sur l’instrument précurseur du piano, très en vogue au XVIII siècle. L’ovale de son visage, s’accorde parfaitement avec l’arrondi de la toile nous séduit par ses yeux au regard fixe et sa bouche sensuelle.

The works of Bernardo Cavallino, a very sensitive artist, are rare in the public collections of France.
The subjects of his rather unique art recall the sensitivity of poets and prose writers. This secured him a remarkable clientele of private collectors for whom he carried out precious works of reduced format which often prefigure the gracefulness and charm of the 17th century painting.
In the refined work “Woman playing clavichord”, the young woman lays her long, fine fingers on the instrument, a precursor of piano which was very fashionable in the 17th century. The oval of her face perfectly suits the rounded canvas and seduces us with her staring eyes and sensual mouth.

Noga Inbar
Née à / Born in Milan, 1984
Elle vit et travaille à / She lives and works in Milan
nogina1984@yahoo.co.uk

Riflessioni sulla Suonatrice di clavicordo,
di Bernardo Cavallino
, 2004
technique mixte / mixed technique

Noga Inbar est née à Milan, d’une famille d’Europe Centrale. Elle est fascinée par les photos anciennes, qui paraissent sur ses toiles à coté de la peinture: des dimensions physiques et mentales, distantes par nature, trouvent une coexistence sans volonté narrative consciente. Noga veut activer le passé, en parler au présent, faisant face à sa décomposition et éveillant sa mémoire.
Elle se sert souvent du “grotesque” pour diluer la composante ténébreuse que l’évocation du passé peut supporter. Le choix de se confronter à une oeuvre aussi lointaine de sa poétique que la “Joueuse de clavicorde” de Bernardo Cavallino a été tout à fait instinctive, émotionnelle; Noga a toutefois réfléchi sur l’interprétation agrémentée et sentimentale que Cavallino propose du réalisme Caravagesque et - à l’aide d’un évanouissement quasi cinématographique - elle a superposé son visage à celui du portrait du maître napolitain.

Noga Inbar was born in Milan, from a Central European family. She is fascinated by old photographs,
which appear on her canvases beside her painting: physical and mental dimensions - distant from each other by nature - come to coexist without any conscious narrative will. Noga is interested in activating the past, in talking of the past in the present, thus facing its decay and awakening its memory. She often resorts to “grotesque” to water down the dark component the evocation of the past may entail. The choice of dealing with a work such as Bernardo Cavallino’s “Joueuse de clavicorde” (Woman playing clavichord), rather far from her poetics, was utterly instinctive, emotional. Yet, Noga has thought over the gracious, sentimental interpretation Cavallino renders of Caravaggio’s realism and superposed her own face to the one portrayed by the Neapolitan master in a movie-like fading.

Marco Tagliafierro



Pierre-Louis Cretey
Le Prophete Elie L’Ascension, L’Assomption
Médaillons des voûtes du Réfectoire / Medallions on the Refectory vaults

XVIIeme siecle / 17th century
huile sur enduit / oil on plaster
diam. 345 cm

Un décor peint confié à Pierre-Louis Cretey régnait sur les côtés et sur la voûte du réfectoire baroque
de l’ancien convent de Bénedictine devenu Musée des Beaux Arts. De grands panneaux ornés
de vastes toiles représentant la Multiplication des pains et La Cène encadrent les décors aériens
des médaillons du plafond. On remarque une double “convenenzia” thématique: à l’est et à l’ouest
di réfectoire, les sujets correspondent à la fonction de la pièce vouée aux repas de la communauté;
sur les voûtes ils s’accordent à la situation des peintures et obéissent à la typologie biblique
des montées au ciel.

Painted decoration attributed to Pierre-Pouis Cretey, covers the angles and the vault of the baroque
refectory of the old Benedictine monastery which became Museum of Fine Arts. The big panels
are embellished by great canvases and the vault is covered by aerial scenes, painted in oil directly
on the plaster. They remark a double thematic “convenienza”: on the east and west sides of the
refectory, the subject corresponds to the function of the meal, while on the vault it follows the
typology of the bible-inspired themes of the ascension in heavens.

Leo Vikelic
Né à / Born in Zagreb, 1972
Il vit et travaille à / He lives and works in Zagreb
lvukelic@hotmail.com

Fresco Reprint , 2004
3 reproductions photographiques sur toile /
3 photographic prints on canvas
diam. 240 cm

Les oeuvres de Leo Vukelic explorent les relations fragiles entre l’esthétique et la technologie. Et
si dans l’art l’esthétique demeure dans des catégories de tradition et de passé, les technologies
appartiennent au présent et à l’avenir. De façon non conventionnelle, l’artiste emploie les moyens
de la performance, impression, vidéo ou objets. Explorant l’art graphique conventionnel, l’auteur
emploie tous les moyens disponibles à présent pour le traitement digital des images. Le modèle
visuel de ces graphiques a été pris de la multitude incontrôlée d’images passant devant nos yeux.
Dans certains cas, le modèle visuel a été pris de l’histoire de l’art; dans ce cas il s’agit d’une série
de paysages faisant partie des collections du Musée des Beaux Arts de Lyon. L’artiste déstructure le modèle préconçu du “beau” tableau traditionnel. Le travail qui vient se former n’efface pas les formes traditionnelles, il s’agit plutôt d’une analyse méticuleuse des méthodes de peinture qui traite avec respect la tradition des arts visuels.

The works by Leo Vukelic explore the fragile relationships between aesthetics and technology. And while the aesthetics in art very often remains in the categories of tradition and past, technologies belong to the present day and to the future. In an unconventional manner the artist employs the media of performance, print, video or object. Exploring the traditional graphic art medium the author employs all presently available ways of digital processing of images. The visual pattern of these graphics was taken from the uncontrolled multitude of images which pass in front of our eyes. In some cases the visual pattern was taken from the history of art, and in this case it was a series of landscapes from the collection of the museum in Lyon. The artist deconstructs the ready pattern of a traditionally “beautiful” picture. The newly formed work is not canceling the traditional forms and shapes, it is a meticulous analysis of painting methods which treats the visual arts tradition with respect.

Darko Simicic